Le Super Doss : Batman V Superman est le meilleur film du DCEU !

Ah là, je n’y vais pas avec le dos de la cuillère, c’est sûr ! Avant que l’on me traite de Snyder-cultist, oui, j’en suis un, et j’en suis fier, mesdames et messieurs !

Plus sérieusement, je n’ai aucun problème avec le fait que plusieurs réalisateurs s’expriment à travers le DCEU et apportent différentes visions. Bien au contraire. Je fais partie de ceux qui pensent que le DCEU peut et doit accepter plusieurs visions, ayant moi-même beaucoup été déçu par le caractère monolithique du MCU. J’ai même bon espoir que le Snyderverse continue à exister dans un multivers sur HBO Max (par exemple), malgré son reboot au cinéma.

Et à l’aube d’une remasterisation complète du DCEU au cinéma via le film The Flash, j’aimerais revenir sur le semi-échec du film Batman V Superman, qui a définitivement chamboulé les plans initialement prévus par la Warner.

Détenteur d’un razzie award, et victime d’un bashing médiatique inégalé dans le monde des blockbusters super-héroïques, BvS en est-il un mauvais film pour autant ? Ma réponse courte est évidemment « NON ! », mais à cette question, je peux comprendre qu’il n’existe pas de consensus, étant donné la densité du film, et le ton si particulier qu’il arbore.

Il y a cependant, une critique qui revenait souvent à l’époque des premières projections, et que j’ai toujours trouvée particulièrement injuste et infondée. Cette critique concernait le ton du film. Bon nombre de journalistes trouvaient en effet, que Batman V Superman se prenait trop au sérieux, et arborait des airs pompeux. Mais cette manie de vouloir insérer de l’humour et de la légèreté au forceps, est je le crois malheureusement, symptomatique de l’ère post-MCU des années 2010, le ton ayant évolué depuis, pour mon plus grand plaisir. Bienheureux que cette critique du ton sérieux ait disparu de nos jours, depuis que le MCU s’essaye à plus de noirceur (ce qui lui sied très bien).

Mais attention, cette vidéo n’est pas une diatribe anti-Marvel ou anti-Disney. La Warner est la seule responsable de la gestion catastrophique des films DC et doit être l’unique entité à blâmer pour leurs échecs.

Si j’écris cet article, c’est pour tenter d’expliquer, de mon point de vue subjectif, les raisons pour lesquelles, BvS est pour moi une oeuvre fondamentale dans le genre super-héroïque en raison des questions qu’elle soulève vis à vis de notre rapport à la mythologie, et pourquoi, à ce titre, je considère le ton sérieux du film comme une marque de respect envers le spectateur et non comme un défaut.

I/ Le Style DC Comics

Avant de parler du film, j’aimerais faire un rapide tour d’horizon de l’univers DC.

Chez DC, deux problématiques majeures semblent émerger, celles de la place de l’homme parmi les dieux, et celle de la place des dieux parmi les hommes.

Ce thème existentiel arpente en filigrane la plupart des œuvres estampillées Detective Comics.

Avec cette volonté d’iconiser et  déifier ses super-héros, DC interroge sciemment ou malgré lui, la relation que nous, lecteurs, entretenons avec les divinités.

De tout temps, les hommes se sont cherchés des modèles de vertu auxquels s’identifier, des surhommes, supérieurs en force, en intelligence, mais aussi supérieurs sur le plan de la morale et de l’éthique.

Des surhommes que nous aimons idolâtrer, parfois par soumission, ou parfois dans la recherche d’un idéal qui nous pousse à devenir meilleurs.

Les super-héros DC ne sont pas que des super-héros, ils sont nos icônes, nos contes et légendes de l’ère moderne. Il y a une vraie interrogation qui se pose, quant à la place de l’homme dans ce vaste univers, et à ses croyances.

Chaque super-héros de la Justice League correspondant à l’archétype d’une divinité mythologique. Juxtaposés aux religions polythéistes occidentales, on peut trouver en chacun de ces héros, son équivalent divin par syncrétisme.

Ainsi, si on compare les héros DC aux dieux grecs, Superman pourrait être l’équivalent super-héroique de Zeus, le dieu des dieux. Flash serait Hermes, le dieu de la Vitesse. Green Lantern serait Apollon, le dieu de la beauté et de la Lumière. Wonder Woman serait Athéna, déesse de la Sagesse et de la Guerre. Aquaman serait Poséidon, le dieu des Mers. Batman serait Hadès, le dieu des Enfers et ainsi de suite.

Cette ligne directrice chez DC, fera l’objet de certaines critiques parmi les fans de super-héros. L’exemple le plus parlant étant probablement celui de Superman, trop souvent jugé comme étant un héros insipide, car trop vertueux, trop beau, trop fort, trop gentil, et finalement trop parfait ?

D’aucun dirait que la virtuosité n’est définitivement pas une caractéristique humaine. La plupart des lecteurs de comics préférant à Superman son allié humain : Batman, beaucoup plus caractériel et bien plus prompt aux erreurs.

Mais Batman est-il réellement un super-héros pensé et écrit sous le prisme de l’homme ?

Bruce Wayne, l’homme qui se cache sous le masque de Batman peut être blessé, il peut tomber malade ou être harassé par les affres du temps qui passe, il peut céder à la colère, au doute et à la noirceur… Mais lorsqu’il devient Batman,  alors il devient plus qu’un être fait de chair et de sang, il devient avant tout une idée.

Il est l’incarnation parfaite de l’Übermensch freudien, un homme ayant transcendé sa condition de simple mortel pour devenir un symbole, dans ce qu’il a d’immortel, capable de rivaliser avec les dieux eux-mêmes.

Tirant une partie de son imagerie dans le courant expressionniste, Batman incarne la terreur, il effraie ses ennemis pour mieux les déstabiliser.

Son Némésis fonctionne également sur le même principe. Le Joker n’est pas un homme, il est une idée, qui prend moult visages à travers les comics.

Et quand enfin les comics DC s’accordent à rendre son humanité à Batman, c’est souvent dans le but de le confronter au divin et ainsi mettre en exergue la toute puissance des Dieux qui gouvernent l’univers DC.

Et c’est en ça que la saga DCEU avait su se montrer originale, tout en étant respectueuse du matériel d’origine. Snyder a toujours pris ses super-héros très au sérieux.

II/ Snyder : entre sérieux, maturité et homérisme

Zack Snyder a compris mieux que quiconque, ce qui fait l’essence intrinsèque des super-héros DC. Et quitte à en surprendre plus d’un, je dirais qu’il l’a fait mieux encore que Nolan en son temps.

Que les choses soient claires, en tant que fan de Batman, j’apprécie tout particulièrement la trilogie du chevalier noir qu’a réalisé Nolan, et malgré une patte esthétique que je trouve plutôt quelconque, son Gotham étant définitivement trop lumineux à mon goût, je dois reconnaître à ce réalisateur ses excellentes qualités de scénariste. Il a été, assurément, l’un des meilleurs conteurs d’histoire de comics au cinéma, jusqu’à l’arrivée d’un certain Zack Edward Snyder.

Zack Snyder a assimilé toute la dimension homérique et mythologique sous-jacente à l’univers DC. Le réalisateur a compris mieux que quiconque (bien qu’il ne soit pas le seul), que DC ne traitait pas son univers uniquement sous l’angle du super-héros, mais également et surtout, sous un oeil mythologique. Dès lors, la critique qui consiste à dire que Batman v Superman est trop sérieux et manque de recul sur lui-même, est non seulement infondée, mais démontre, surtout, un profond manque de compréhension quant à la vision de Snyder.

Qu’on l’apprécie, ou non, sa vision d’auteur est présente, et toute critique de cette vision pour en faire un argument négatif ne serait que mauvaise foi. Un critique peut-il refuser à un auteur d’avoir une vision ? Que l’on ne soit pas en accord avec cette vision, c’est une chose, mais lui refuser cette vision, c’en est une autre.

Et je vais vous expliquer pourquoi, je crois qu’il faille regarder Batman v Superman autrement que sous l’œil borgne du super-héros. Selon moi, BvS est avant tout une relecture moderne de nos vieux mythes fondateurs.

Respect des comics, homérisme, et éloge de la vertu

Je vais commencer par vous parler de la mise en scène et de la réalisation. Snyder possède un véritable œil de photographe, et sa photo est sublimée par le travail fantastique de son directeur de photographie Larry Fong, qui avait déjà officié avec Snyder par le passé, notamment sur 300 et Watchmen.

Et lorsqu’il s’agit d’iconiser un personnage, autant dire que Snyder sait y faire. Tous les plans de BvS, ou presque, sont réfléchis à ce dessein, comme le ferait un bon comic-book.

D’ailleurs, Snyder a réalisé un travail d’orfèvre pour retranscrire le plus fidèlement possible certaines des planches issues des comics les plus populaires.

Alex Ross, Paul Dini, Frank Miller, et même Orson Welles, Snyder s’inspire des meilleurs pour un rendu live exceptionnel.

Le réalisateur est indéniablement un amoureux des comics.

Une imagerie biblique

Si vous êtes un tant soit peu observateur, les symboles bibliques disséminés à travers les films de Snyder ne vous auront pas échappé.

Le symbole le plus parlant et le plus évident étant probablement la dimension Christique que le réalisateur a insufflé à son Superman.

Mais d’autres symboles sont un peu plus insidieux. Snyder lui-même a révélé, à titre d’exemple, que la lance qu’utilisait Batman pour vaincre Superman, était un clin d’oeil appuyé à la lance de Longin, la sainte lance qui aurait percé le Christ.

“Pourquoi, avec toute la technologie dont il dispose, Batman voudrait construire une lance ? Voilà pourquoi.”

Le questionnement du divin

Comme le faisait déjà Snyder à travers son adaptation de Watchmen, qui questionnait déjà l’humanité et son rapport au divin après l’apparition du Docteur Manhattan, Batman V Superman suit la même lancée, et pose les questions quant aux bouleversements qui incombent à l’apparition d’un être supérieur comme  Superman.

Le docteur Manhattan dans Watchmen.

Est-il un homme ou un Dieu ? Comment gérer ses actions ? Doivent-ils être régulés par une commission internationale ? Ou bien en tant que citoyen Américain, est-il sous l’égide du gouvernement Américain ?

S’il est un alien, combien sont-ils encore ? Sont-ils dangereux ?

Quid de ses responsabilités suite à son combat contre Zod ?

Ce sont des questions qui arpentent les médias tout au long du film, et auxquelles Superman devra répondre, et qui sera au centre-même du conflit avec Batman.

Par corollaire, ce questionnement du divin est également posée au spectateur, dans le but de lui faire se confronter sa propre vision du super-héros, à ses propres conceptions théologiques, et aux mythologies divines de ses ancêtres.

 Ce questionnement est donc essentiel, puisqu’il est la charpente du film.

Mythologie grecque, et homérisme

Au-delà de l’aspect biblique et judéo-chrétien inhérents aux symboles christiques, il est évidemment fait mention d’une mythologie bien plus vaste et plus ancienne, puisque le film fait également référence aux mythologies fondatrices de l’occident, celles qui ont forgé nos peuples et civilisations, à savoir les mythologies grecques et romaines.

Mythe Arthurien

La symbolique du mythe Arthurien parcoure également l’ensemble du film.

Au delà de la symbolique Christique, la lance fait également référence à une représentation classique du mythe Arthurien : la bataille de Camlann, durant laquelle Arthur et son fils Mordred s’entretuèrent.

Comme Mordred est le fils incestueux et illégitime d’Arthur dans le mythe Arthurien, Doomsday est d’une certaine manière, une aberration illégitime créée indirectement par Superman, après avoir tué Zod.

Superman comme Arthur, mourront transpercés par une lance, de la main de leurs rejetons maudits, qui mourront des blessures de ce combat contre leurs “pères”.

Une ode au classicisme

Outre l’imagerie évocatrice des mythes fondateurs, le film brille également de par sa bande-son.

La musique elle-même a été pensée comme une ode à une culture passée et prestigieuse. Les partitions de Hans Zimmer et Junkie XL, à leur meilleur, n’hésitent pas à piocher dans des registres divers et variés, tout en restant dans un cadre résolument élitiste.

Le thème de Lex Luthor, arbore une dimension baroque, confèrant à ce personnage une dimension royale et majestueuse.

Les thèmes relatifs à Batman, mélangent quant à eux, des inspirations modernes et romantiques, sortes d’hybridation entre Prokofiev et Camille Saint-Saëns, pour donner naissance à des musiques aux allures ténébreuses, rendant le personnage plus inquiétants que jamais.

Bruce Wayne, quant à lui, est montré sous une facette lasse et éreintée, face à un monde qui le dépasse. Avec une inspiration quasi-évidente au travail d’Erik Satie, ce morceau pioche quant à lui dans le mouvement minimaliste, et appuie ce sentiment d’incompréhension et de lourdeur qui pèse sur les épaules du héros milliardaire.

Et que dire du thème de Superman, porteur de lumière, ou celui de Wonder-Woman, beaucoup plus rock et électrique, comme doit l’être une véritable Amazone.

Je pourrais faire tout un dossier rien que sur la composition musicale de ce film, mais ce qu’il faut retenir, c’est qu’à l’instar de la photographie, chacun des morceaux de la bande-son a été pensé dans une optique bien précise, celle d’iconiser les personnages, et d’apporter de la grandeur au mythe du super-héros.

Que déduire de tout cela ?

C’est bien beau d’avoir relevé toutes ces analogies, mais concrètement, que faut-il en déduire ? La réponse est simple, et représente à elle-seule toute la raison d’être du film. Chaque fois que l’une des questions inhérentes à l’apparition de Superman est posée, c’est en vérité au spectateur qu’elle s’adresse, dans le but de lui faire se confronter SA vision du super-héros, à ses propres conceptions théologiques.

C’est pour cette raison que Batman V Superman est à mon sens une oeuvre majeure du genre super-héroïque car les adaptations de comics réalisées par Snyder (c’est également le cas de Watchmen) ont apporté sur grand écran une réflexion qui ne trouvaient véritablement leur écho que dans les comics. Et dans une société où la religion connaît une période trouble, et que, paradoxalement l’attrait pour les héros de la pop-culture s’accroît de manière exponentielle, il était  intéressant  de se pencher sur la soif de divin qui a trait à l’homme moderne et à toute la dimension théologique qui découle de la nouvelle vague de popularité liée à ces héros.

Evidemment, pour nous, le super-héros ne sont que des êtres de fiction, par conséquent, il ne s’agit pas de se demander s’ils représentent les prémices d’une nouvelle forme de religion, ce serait stupide. Il s’agit  plutôt d’essayer de comprendre pourquoi les super-héros sont aussi populaires aujourd’hui.

Je pense que l’être humain est en permanence à la recherche d’icônes vertueuses, qu’elles soient réelles ou fictives comme dans le cas des super-héros. Nous aimons chercher des modèles qui nous poussent à devenir meilleurs. Car c’est ce que sont les super-héros, non ? Des surhommes, certes, dotés de super-pouvoirs, mais dont la force réelle réside dans la vertu qu’ils mettent au service du bien commun.

Ainsi, BvS, fait partie, je le crois, de ces films décriés à leur sortie et boudés par la critique pour des raisons qui ne sont pas toujours justifiées, et qui finissent par trouver leur public bien des années plus tard, jusqu’en devenir des oeuvres majeures de leur domaine respectif.

Il ne faut pas oublier que certains des films les plus marquants de l’histoire, ont également connu une réception critique catastrophique, avant que le public ne fasse valoir ses droits. La comparaison peut paraître un peu folle, mais j’irais presque à dire que BvS est au genre super-héroïque, ce que Blade Runner a été au cyberpunk à son époque.

En tout cas, seul l’avenir nous le dira.

III/ Des ficelles stupides ? Retour sur le « Martha », et le conflit Batman / Superman

Batman et Superman, une haine artificielle montée en épingle ?

L’une des nombreuses critiques négatives adressée au film consistait à dire que le conflit entre Batman et Superman est amené assez maladroitement et que cette haine entre les deux héros, paraît montée artificiellement pour le film. Je vais tenter de vous expliquer en quoi elle me paraît justifiée.

Superman a détruit Métropolis et une partie de Gotham, et dans le sillage du carnage que Zod et lui ont perpétré, il y ont laissé de nombreuses victimes, des mutilés, ainsi que des orphelins.

La haine de Batman à l’égard de Superman tient davantage de la peur. La peur engendrée par l’inconnu d’une puissance divine et inarrêtable.

Vous allez me dire “mais Superman est gentil”, il est vrai, mais la peur de Bruce n’en est pas moins irraisonnée. Je vais prendre un exemple très concret, celui des centrales nucléaires. Aujourd’hui, les centrales nucléaires sont utiles à la société, elles ont un bon rendement dans la production d’électricité tout en assurant un meilleur bilan carbone que les centrales à charbon. Et pourtant, elles ont leurs détracteurs. Pourquoi ? Parce que le jour où une centrale nucléaire explose, vous connaissez tous les conséquences que cela peut avoir. Superman est en quelque sorte une centrale nucléaire. Bénéfique pour l’humanité, mais que se passerait-il s’il devenait fou un jour ? Que se passerait-il s’il était contrôlé par des puissances obscures ?

Les prémices des « Knightmare Sequences » à la Snyder (extrait du film Watchmen)

Le cauchemar de Batman met d’ailleurs en évidence cette éventualité. Plus une prémonition qu’un véritable cauchemar, Bruce perçoit le futur apocalyptique sous le règne de Darkseid et d’un Superman qui aurait basculé du mauvais côté.

Enfin, la haine de Batman atteint son point culminant lorsque son ancien employé meurt au Capitol.

De son côté, les ressentiments de Superman envers Batman sont alimentés par les divers témoignages que Clark Kent recueille durant ses investigations au sujet du Bat-Justicier. Il y apprendra notamment que Batman fait marquer les criminels au fer rouge, ce qui équivaut à une mort certaine en prison, car les prisonniers savent bien que quiconque passe entre les mains de Batman, aura délivré des informations et des dossiers capitaux sur les autres criminels. La marque que Batman appose, constitue par conséquent, une preuve charnelle que le criminel a balancé. Et le châtiment pour les mouchards, est la mort.

Superman étant un être qui se veut vertueux, ne peut cautionner les actes de Batman, et la barbarie dont il fait preuve à l’égard des criminels.

Mais ce n’est pas cette raison qui va le pousser à affronter Batman. C’est bel et bien le plan de Lex Luthor, qui le contraindra à affronter le chevalier noir. Lex faisant pression sur Superman par le biais de sa mère, détenue captive. Superman n’a d’autre choix que d’affronter Batman s’il veut revoir sa mère en vie.

Martha, ficelle scénaristique grossière ?

Revenons à présent sur le cas “Martha”. Ce plot twist du film qui a fait couler beaucoup d’encre, et qui comporte son lot de détracteurs. Pour ma part, je ne trouve pas qu’il s’agisse d’une ficelle stupide ou grossière. Pas du tout, même. Habituellement, l’argument des défenseurs de cette scène consiste à dire que Batman se voit dans les yeux du criminel. Mouais…

J’en possède une autre, qui me sied davantage. Je ne crois pas qu’à ce moment-là, Batman prenne conscience qu’il est un criminel. Depuis le début du film, Batman tue et il continue de le faire par la suite.

Non, je crois plutôt que le nom Martha agit sur lui comme un déclic. Le fait d’apprendre que Superman possède une mère, qui en plus se nomme de la même façon que sa propre mère, provoque en lui un sentiment de projection. Superman devient alors son miroir, un reflet de lui-même.

Ce n’est pas seulement le “Martha” qui importe, c’est aussi tout ce qui gravite autour, et tous les points communs qu’ils possèdent mutuellement. Grâce à cet effet miroir, Batman prend conscience de l’humanité de Superman, et mieux encore, il prend conscience que Superman et lui, sont identiques sur de nombreux points. Aussi, dans un film qui voit s’affronter symboliquement l’Homme, contre Dieu, est-il vraiment stupide d’ériger un miroir entre ces deux personnages ? L’homme n’a-t-il pas été fait à l’image de Dieu, nous dit-on dans la bible ?

A partir de ce processus de projection, s’enclenche un second processus. Pourquoi Batman se porte-t-il volontaire pour aller sauver Martha, à votre avis ? Si vous ne le connaissez pas, je vais vous parler d’un concept en psychologie qui s’intitule la “culpabilité du survivant”. Lorsqu’une personne survit à la mort de son entourage, il lui arrive de développer cette pathologie, qui consiste à se sentir coupable d’être en vie tandis que les autres sont décédés. Dans le Batman Begins de Nolan, ce sentiment de culpabilité est clairement énoncé. On peut présupposer qu’il en est de même pour le Bruce Wayne de BvS. Ainsi, en se portant volontaire pour aller sauver Martha, qui rappelons-le, est un miroir de sa propre mère, puisque Superman est lui-même son pendant lumineux, Batman voit certainement en cette action une opportunité de se racheter du sentiment de culpabilité qui le rongeait depuis toutes ces années. Comme une revanche face à la vie, il a enfin l’occasion de sauver Martha, et même si ce n’est pas sa mère mais celle de Clark, l’acte n’en reste pas moins symbolique.

Cette ficelle n’est donc pas stupide du tout, bien au contraire !

Conclusion

Finalement, pourquoi est-ce que j’aime BvS ? Parce que j’aime la mythologie et l’homérisme que Snyder a tenté d’instaurer dans son univers. Et c’est dans cette approche de traitement que le film tire son originalité face à la concurrence.

Conclusion, non, BvS n’est pas un film bancal et dénué de sens. L’univers construit par Snyder repose sur un squelette solide et cohérent. Et je reste persuadé, encore aujourd’hui, que si on lui avait donné les moyens d’aller jusqu’au bout de ses idées, il aurait donné naissance à la plus grande fresque super-héroique jamais réalisée au cinéma.

BvS est un film qui divise, on l’adore ou on le déteste, mais n’est-ce pas là la marque des grands films ? Personnellement, je préfère de loin un BvS qui prend des risques quitte à déplaire, qu’un produit aseptisé, que tout le monde va trouver sympa, sans plus. Et malheureusement, les films de super-héros actuels suivent un peu trop cette tendance qui consiste à réutiliser sempiternellement les mêmes codes prémachés dénués d’originalité.

#RestoreTheSnyderverse #MakeTheBatfleckMovie

Ma note :

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