The Batman : la critique vengeresse

Fan de Snyder et du Batlfeck, je craignais ce film. Et je vais donner mon avis, pour ceux qui comme moi, se demandent si Matt Reeves possède un oeil de photographe aussi affuté que Snyder (et un aussi bon directeur photo) et qui sont un peu déçus de voir ce bon vieux Ben raccrocher la cape.

Critique sans spoilers, je précise. Alors que vaut The Batman ?

Eh bien, c’était vraiment pas mal ! Tout n’est pas parfait, mais je vais d’abord évoquer les points positifs car ils sont nombreux.

Le début, déjà, est excellent et nous immerge immédiatement dans l’ambiance, avec sa narration en voix off à la Sin City, et son Gotham, filmé en plan large qui allie les lumières artificielles des enseignes à la crasse obscure d’un Gotham pourri jusqu’à l’os. La ville possède une vraie patine, et cette crasse nous est montrée par des noirs bouchés, des volutes de fumée, une pluie incessante, une composition extrêmement fournie, détaillée, bien pensée et une colorimétrie qui oscille entre le jaunâtre et le rougeâtre. La photographie est incroyable ! Et ayant adoré la photo si fournie de Snyder (feat Larry Fong / Fabian Wagner) c’était ma plus grande crainte. J’avais peur d’un Gotham insipide à la Nolan (vous savez cette Gotham qui ressemble plus à Manhattan qu’à Gotham). Oui, le Gotham de Matt Reeves a franchement de la gueule. Pour rassurer les fans de Snyder, j’ai presque envie de dire que l’on retrouve, à certains moments, une photographie qui n’aurait pas dépareillé dans un Watchmen.

Ensuite, la musique de Michael Giacchino. Là aussi, j’avais peur, car contrairement à la plupart des gens, je trouve le thème principal (celui qui fait TOUM TOUM TOUUUUM TOUM !) extrêmement fainéant. 4 pauvres notes qui ne me procurent aucune émotion (quoi que, bien utilisé, il a réussi à me conférer un semblant de frisson lors d’une scène). Néanmoins, le reste de la BO est vraiment très bonne, que ce soit les musiques composées pour le film ou les remix de Nirvana. Là aussi, bonne surprise.

Le cast maintenant. Rien à redire, tous les acteurs, SANS EXCEPTION, sont impeccables dans leur rôle respectif. Du Pingouin, à Catwoman, en passant par Gordon, les acteurs qui les incarnent brillent par leur talent. Mais le GOAT reste Pattinson en Batman. On n’a jamais eu de Batman aussi dark et charismatique. Sa mâchoire saillante, ses yeux perçants qui transcendent l’âme, son pas lourd à la Robocop. Est-ce qu’il incarne le meilleur Batman à ce jour ? J’ai envie de répondre par l’affirmative. Et le charisme de l’interprète est sublimé par l’écriture du personnage, et la mise en scène, qui passe beaucoup par les non-dits, et le regard. Et pourtant, comme je l’ai spécifié, je suis un gros fan du Batfleck. De manière générale, je pense que ce film est celui qui ressemble le plus aux comics Batman.

Enfin pour en finir avec les points positifs, j’ai envie de parler de l’ambiance. Matt Reeves parlait d’un film grunge, et oui, ça se ressent bien. Beaucoup comparent The Batman à The Crow, et bien que je ne sois pas tout à fait d’accord, les films ne se ressemblant pas du tout, c’est vrai que j’ai ressenti quelque chose de très 90’s dans ce film. Que ce soit dans la musique, mais aussi dans la façon dont est découpée l’action. Même si le film est sérieux et sombre, on retrouve dans ce film, une mise en scène qui fait très comics, un peu à l’ancienne, contrairement aux films de Nolan par exemple. Et là, ça va me permettre d’évoquer le dernier point qui me faisait peur, l’impasse scénaristique du réalisme à tout prix. Vu que le mot « réaliste » était dans toutes les bouches pendant la promo de The Batman, j’avais un peu peur, car le réalisme exacerbé ne permet pas de rendre justice à l’expressionnisme Allemand (Faust, Nosferatu…) dont le Batman tire ses veines et la pléthore d’ennemis fantasques et fantastiques auxquels le justicier se confronte dans les comics. Et ma foi, ici, contrairement aux films de Nolan qui m’apparaissaient comme une impasse de ce côté-là (vous allez finir par penser que je déteste vraiment Nolan), il ne me paraît pas impossible de faire cohabiter l’univers de Matt Reeves avec des ennemis fantastiques étant donné la nature du film qui n’a pas peur de piocher dans les vraies origines de Batman et son univers, tellement sombre qu’il en devient surréaliste.

Reste qu’il y a un gros point noir à mon sens, et malheureusement pas des moindres. Le scénario. Le film est long, mais loooooong… J’ai vu la critique du Joueur du Grenier qui parlait de ventre mou au milieu du film. C’est pas un ventre mou à ce niveau-là, c’est une courbe de gauss inversée. Le début est super, la fin est bien rythmée, mais on a la désagréable impression de faire du surplace une bonne partie du film. Etait-ce nécessaire de faire durer le film 3h ? Franchement, je ne pense pas, ça casse complètement le rythme. Et puis, la fin, même si elle est bien rythmée, est en revanche, très mal pensée, de même que l’intégralité du film. Je ne vais pas spoiler, mais je trouve que toute l’investigation de Batman ne mène à rien de concret, c’est extrêmement frustrant. On assiste à une suite d’énigmes, pas très palpitantes, pour que ça ne débouche nulle part, surtout vis à vis du méchant principal. Le film m’a fait penser à une sorte de Cour des Hiboux éco+, du reste.

Bref, un bon film pour tous les points positifs énumérés dans ma critique, mais qui se foire, à mon sens, sur son scénario et sur la résolution de son intrigue. Dommage, ça aurait pu être un carton plein.

J’ai quand même hâte de le revoir, ne serait-ce que pour sa photographie et son ambiance aux petits oignons. Peut-être que je l’apprécierai davantage au second visionnage. Il me semble être de ces films, qui fourmillent tellement de détails sur le plan visuel, qu’ils se bonifient à la revoyure.

Pour conclure, je précise que j’ai toujours envie de voir ce fameux film mettant en scène Batman contre Deathstroke avec Ben Affleck et Joe Manganiello. Pourquoi pas sur HBO Max ? Pas nécessaire que ce soit au cinéma après tout (histoire de bien séparer les univers). Mais depuis l’introduction des multivers dans les adaptations de comics au cinéma, tout devient possible, alors on peut rêver…

Ma note :

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